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Arbres, les anges gardiens d'une cité

 

Vers 2030, la région va devoir s'habituer à des années où l'on dépassera 120 journées à plus de 30°, sans compter les pointes à 40°. Agen, en particulier, deviendra invivable (Sciences & Avenir, mars 2019)

Jean-François Berthoumieu, le directeur de l’Association climatologique de la moyenne Garonne et du Sud-Ouest (l’ACMG) : « Il faudra réfléchir à des solutions qui consistent à planter des arbres irrigués en milieu urbain, plus efficaces pour rafraîchir les températures, que des arbres non irrigués, et a fortiori que des espaces minéralisés. »

La prochaine municipalité ferait bien de renverser la vapeur et de planter à tout va des feuillus à la place des espaces de stationnement rendus superflus par le grand garage toujours à moitié vide côté gare. On lui conseille de lire cet article sans délai, ainsi que Villes et changement climatique, îlots de chaleur urbains, sous la direction de Jean-Jacques Terrin, éditions Parenthèses, 288 p., 22 €.

Voici un exemple, parmi bien d'autres, de ce que les maires raisonnables commencent à entreprendre, de toute urgence. Et à Paris, aujourd'hui (18/09/19), on s'avise que ce sont carrément des petites forêts qu'il va falloir planter partout où c'est possible. 

Voici, en outre, le page Facebook de Thomas Brail, qui n'a pas froid aux yeux et vous invite à le suivre (on n'est pas forcé de grimper, quand même). Trop tard pour les cinquarante platanes centenaires du Gravier, mais il ne faut pas hésiter à rappeler à votre futur maire que les lois sont faites pour être respectées. Or l'article L350-3 du Code de l'environnement interdit formellement l'abattage des grands arbres sauf à pouvoir prouver que c'est indispensable. Qui, à l'Hôtel de Ville (et au Département) peut fournir les expertises phytosanitaires en question ? Si elles n'existent pas, nos décideurs seraient donc des hors-la-loi ?

 

 

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Deux grands arbres s'aimaient d'amour tendre. Et surtout, ils aimaient accueillir le voyageur devant la gare d'Agen. Ces deux érables argentés offraient une ombre salutaire à l'arrêt du bus pendant la célèbre canicule locale, et puis, disent les spécialistes, leur dimension leur permettait d'absorber une bonne dose de CO² et de fournir l'oxygène de quatre personnes, en plus de l'ombre fraîche. Enfin, ils jouaient les cache-misère pour les façades lépreuses de l'HLM qui a remplacé le Continental et de l'espèce de prison voisine appelée Crous (est-ce le nom gascon des croûtes noires sur les murs ?). Ils cachaient aussi le fastfood fantôme au rez-de-chaussée. C'est pourquoi tous les passants les aimaient. C'est pourquoi aussi les nouveaux arrivants n'avaient pas tout de suite l'impression de débarquer dans une ville morte.

Le cœur sec qui a donné l'ordre de les faire disparaître en douce, au mois de mars 2018, après des décennies de bons et appréciables services, ira en enfer c'est sûr (en tout cas, la loi de protection des "grands sujets" végétaux qui naîtra bien un jour l'enverrait d'abord en prison). Cette personne maléfique est-elle aussi en train de menacer du même sort les deux somptueux magnolias grandifloras du Poids de la Ville ? On a craint le pire en voyant comment, depuis des années, la charmante placette était l'objet d'un mépris calculé par les services municipaux et les riverains, gros producteurs de déchet ménagers. Mais aux dernières nouvelles (voir ici), ces magnifiques et historiques sujets seraient épargnés "pour faire de l'ombre" mais élagués, dit innocemment l'adjointe au maire. On prie pour que l'élagage ne soit pas confié à de grossiers personnages ; rappelons-nous ce qui est arrivé à certains des cèdres de Beauregard !

 

Ce couple de magnolias grandifloras fait la fierté embaumée du boulevard Carnot depuis des lustres. Ce couple de magnolias grandifloras fait la fierté embaumée du boulevard Carnot depuis des lustres.

 

La nature a horreur du vide et l'édile a horreur de la nature, on le sait. Tous les maires et mairesses ont tendance à détester les arbres à cause des feuilles mortes à répétition, des oiseaux qui ne savent pas se tenir, de la place que leurs troncs volent aux voitures et, surtout, du désordre visuel dont ils saccagent la rectilinéarité des perspectives. L'idéal de l'édile vient de ces "vues d'artiste" projetées par l'intelligence artificielle des architectes et des urbanistes, peuplées de passants semblables à des ectoplasmes extraterrestres et de squelettes d'arbres atomisés. C'est pourquoi les décideurs visent à remplacer le formidable organisme qu'est un arbre adulte par une espèce d'asperge (arbustus rachiticus) tous les trente mètres, de façon que, statistiquement, ils puissent se féliciter d'avoir davantage planté qu'arraché.
 

Ces cent cèdres centenaires seront-ils un jour les derniers grands arbres de l'agglomération ?Ces cent cèdres centenaires seront-ils un jour les derniers grands arbres de l'agglomération ?

 

  Déficit

 

Bien que le coteau de l'Ermitage offre depuis toujours la plus belle des cartes postales vertes aux yeux agenais, il est constitué de propriétés privées, de même que les nombreux jardins des quartiers Sud. La cité souffre donc d'un tragique déficit en espaces verts. De vrais espaces verts, où petits, grands et vieux puissent respirer et gambader, façon Hyde Park ou Central Park (toutes proportions gardées) ; même Paris a de grands jardins publics, même Villeneuve sur Lot a des avenues bien ombragées, c'est dire... Au lieu de quoi, Agen ne jouit que des maigres Jayan et Porte du Pin, certes agrémentés de quelques sujets formidables et de savantes plantations, mais d'une surface étriquée et où des allées bétonnées qui s'élargissent au fil des temps vous enjoignent d'observer le brin d'herbe de pas trop près. On nous rétorquera qu'il existe depuis peu les trente hectares d'herbage de Passeligne et la petite forêt de Trotte-Lapin, mais tout cela se trouve à des kilomètres de gaz d'échappement ; encore et encore faire de la route ? Ce qu'il nous faut, c'est un lieu où respirer au frais, de la détente en plein centre, de la chlorophylle à portée de fauteuil roulant et de poussette. Il y a cent ans, c'est ce que fournissait le Gravier : un havre d'ombre, le "poumon de la ville" disaient les guides.

Depuis, une autoroute un peu dissuasive a coupé la ville de ce poumon, aux buissons d'ailleurs ratiboisés pour parfaire sa déchéance progressive en parking, et, de l'autre côté, le rapport à la Garonne est amputé par un second flot de voitures, au grand dam de l'Agenais le plus célèbre, Michel Serres (Voir sur ce sujet l'analyse et les préconisations du département ici). Ils ajoutent, ces guides, que lorsque le "serein" (humidité) commençait à monter du fleuve, les promeneurs se déplaçaient vers la Plate-forme - la place dite aujourd'hui Fallières -, ainsi nommée parce que c'était un terre-plein surélevé, "promenade élégante et aristocratique de la ville" (Lauzun) qui était entourée d'ormeaux de haute futaie. Philippe Lauzun ajoute qu'il faut " réveiller d'une espèce de léthargie ceux qui sont à la tête de notre administration, qui voient morceler froidement, et cela tous les ans, nos belles promenades, la seule chose qui distingue Agen aux yeux de l'étranger ". C'était il y a un siècle. C'est hélas plus vrai chaque jour.

Alors, rien d'autre ? Si, cela existe : les entrées d'un royaume vert de trois hectares se trouvent 25 et 29 rue Montaigne. Ce parc n'appartient pas à la commune ? Peut-être, mais comme il n'est jamais utilisé, quoique bien entretenu, elle n'a qu'à inviter fermement le propriétaire à le prêter au peuple. Sinon, pourquoi ne pas le réquisitionner ? Après tout, c'était un jardin public en 1809. Admirez :

 

 

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En attendant que les choses s'arrangent, tout amateur d'arbre peut consulter le catalogue des quelque mille spécimens grands et minuscules que compte encore Agen : emplacement, nom commun et latin, tout y est, et même parfois la terrible sentence "abattage immédiat". On entend alors, reprise dans la presse locale, la ritournelle des porte-parole municipaux : " arbre malade, bien malade... un danger pour la population... ah, quel crève-cœur quand même !"

L'histoire récente d'Agen rejoue, semble-t-il, Massacre à la tronçonneuse :
- Novembre 2014, 19 platanes à Jasmin ;
- Printemps 2015, tous les arbres du collège Joseph Chaumié détruits par le Département ;
- Septembre 2016, 2 cèdres à Jayan ;
- Avril 2016, le tilleul tutélaire de Wilson, entouré de bancs pour bavarder et remplacé par un bonzaï raté ;
- Mars 2018, les deux érables argentés de Rabelais (place de la Gare) ;
- Avril 2019, 27 platanes centenaires condamnés au Gravier. Lire à ce sujet l'article de Sébastien Bouchereau dans Le Petit Bleu du 6 mars 2019, où l'on comprend que si les arbres sont (vraiment ?) malades, c'est parce qu'ils ont été tous mal entretenus par la ville, alors que leurs frères jumeaux (ci-dessous à gauche), qui se trouvent sous la responsabilité du département, se portent bien. Conclusion évidente : il faut retirer la gestion des arbres à la ville pour la confier à une entité plus compétente. Et ce, d'autant plus vite qu'un expert forestier nous signale que des platanes de cette taille ne peuvent pas tomber même pourris : seule une chute de branche pourrait être à redouter, par grand vent ;
- Janvier 2020, 8 platanes supplémentaires  (voir ci-après les détails), total provisoire 54
au Gravier.

A ma gauche, les platanes départementaux ; à ma droite, les municipaux. Bientôt, il n'en restera aucun ?A ma gauche, les platanes départementaux ; à ma droite, les municipaux. Bientôt, il n'en restera aucun ?

Pour l'instant, la mairie se targuera sans doute d'avoir créé des places de parking supplémentaires... et dégagé  la vue sur l'ancien hôtel Hutot de Latour, dont on ne sait que faire : cet immeuble est bien malade, lui aussi (mais lui, c'est vrai), car maintenant qu'on le voit mieux, rien ne protègera plus ses futurs habitants, s'il s'en trouve, du vacarme et des particules fines de l'autoroute Charles de Gaulle. 

On voit bien ici de quelle maladie souffraient les dix platanes centenaires qui bordaient l'hôtel Hutot de Latour.On voit bien ici de quelle maladie souffraient les dix platanes centenaires qui bordaient l'hôtel Hutot de Latour.

 

Décembre 2019 : comme cadeau de Noël, le Département va nous débarrasser de huit platanes supplémentaires, dont "l'irrémédiable insécurité" nous empêchaient de nous aventurer dans leurs parages. Tiens donc, remarque le promeneur courageux : ils se trouvent chacun à l'angle d'un bateau permettant l'accès aux automobiles sur le cours Gambetta, comme si on voulait élargir le passage, tandis que la croix d'infamie rose fluo frappe également leur vis-à-vis de l'autre côté de l'autoroute ; mais rien ne les distingue de leurs voisins en insolente santé (photo). Cette étrangeté ne semble pas avoir frappé les deux journaux locaux, en conséquence la population ne s'en rendra pas compte non plus, sauf si elle nous lit.

L'un de ces deux arbres doit mourir : il n'aurait pas dû pousser là !L'un de ces deux arbres doit mourir : il n'aurait pas dû pousser là !

 

Mais les élus et les fonctionnaires ne sont pas les seuls incriminables de ce dossier : sans doute croient-ils bien faire (hum!). Les particuliers ont aussi leur poids de responsabilité. Un petit poids, mais ils sont innombrables ces propriétaires mal formés, ainsi l'acquéreur de la maison rue de la Commune de Paris récemment, qui a derechef arraché une superbe - si pas très grande - roseraie et fait bétonner le rectangle de terre où elle poussait, tout en élaguant son grand lilas, qui n'en mène plus large et semble maintenant à l'agonie. "Je fais ce que je veux chez moi !" éructe le petit propriétaire français, sûr de son droit. Vu l'avenir qui s'annonce, ne devra-t-on pas modifier le droit ?

Il y a malheureusement une dérive pire encore : les promoteurs aux dents longues qui mettent le grappin sur une demeure de qualité. On dirait qu'une convulsion arbricide motive leur premier geste clefs en main : "Arrachez-moi ça !" On l'a vu avec le figuier géant des Petites Sœurs des Pauvres, le palmier de gauche rue Voltaire, puis le seul et unique arbre de l'hôtel Saint-Philip, tout le jardin du bas à l'hôtel Hutot, qui fut un temps "à la française" mais qu'une épaisse frondaison avait fini par protéger des gaz d'échappement et que l'on a éliminée elle aussi, etc.


En attendant que le législateur s'en mêle, faire lire et partager ce qui suit
.

 

Le rapport entre la température d'une ville et sa végétation est examiné avec beaucoup de sérieux sur cette page. Schématiquement, cela peut s'illustrer ainsi :

 

 

A retenir : un arbre de 5 m3 peut absorber l'équivalent de 5 tonnes de CO2. Cela correspond aux émissions de 5 vols aller-retour entre Paris et New York (source Office national des forêts). Cherchez l'erreur dans les deux images ci-dessous (coin du cours Washington et de la rue Diderot). Comme disait notre ami Victor Hugo : "Ceci tuera cela."