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Arbres, les anges gardiens d'une cité

 

Vers 2030, la région va devoir s'habituer à des années où l'on dépassera 120 journées à plus de 30°, sans compter les pointes à 40°. Agen, en particulier, deviendra invivable (Sciences & Avenir, mars 2019)

Jean-François Berthoumieu, le directeur de l’Association climatologique de la moyenne Garonne et du Sud-Ouest (l’ACMG) : « Il faudra réfléchir à des solutions qui consistent à planter des arbres irrigués en milieu urbain, plus efficaces pour rafraîchir les températures, que des arbres non irrigués, et a fortiori que des espaces minéralisés. »

 

 

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Deux grands arbres s'aimaient d'amour tendre. Et surtout, ils aimaient accueillir le voyageur devant la gare d'Agen. Ces deux érables argentés offraient une ombre salutaire à l'arrêt du bus pendant la célèbre canicule locale, et puis, disent les spécialistes, leur dimension leur permettait d'absorber une bonne dose de CO² et de fournir l'oxygène de quatre personnes. Enfin, ils jouaient les cache-misère pour les façades lépreuses de l'HLM qui a remplacé le Continental et de l'espèce de prison voisine appelée Crous (est-ce le nom gascon des croûtes noires sur les murs ?). Ils cachaient aussi le fastfood fantôme au rez-de-chaussée. C'est pourquoi tous les passants les aimaient. C'est pourquoi aussi les nouveaux arrivants n'avaient pas tout de suite l'impression de débarquer dans une ville morte.

Le cœur sec qui a donné l'ordre de les faire disparaître discrètement, en mars 2018, après des décennies de bons et appréciables services, ira en enfer c'est sûr (en tout cas, la loi de protection des "grands sujets" végétaux qui naîtra bien un jour l'enverrait d'abord en prison). Cette personne maléfique est-elle aussi en train de menacer du même sort les deux somptueux magnolias grandifloras du Poids de la Ville ? On craint le pire quand on voit comment, depuis des années, la charmante placette est l'objet d'un mépris calculé par les services municipaux, qui vont soudainement décréter que l'endroit est insalubre, que les arbres sont malades, qu'ils menacent de tomber un jour sur votre gros orteil, et qu'il faut tout bétonner. Qui veut noyer son chien raconte des salades.

 

Ce couple de magnolias grandifloras fait la fierté embaumée du boulevard Carnot depuis des lustresCe couple de magnolias grandifloras fait la fierté embaumée du boulevard Carnot depuis des lustres

 

La nature a horreur du vide et l'édile a horreur de la nature, on le sait. Tous les maires et mairesses ont tendance à détester les arbres à cause des feuilles mortes à répétition, des oiseaux qui ne savent pas se tenir, de la place que leurs troncs volent aux voitures et, surtout, du désordre visuel dont ils saccagent la rectilinéarité des perspectives. Leur idéal vient de ces "vues d'artiste" projetées par les ordinateurs des architectes, peuplées de passants semblables à des ectoplasmes extraterrestres et de squelettes d'arbres à peine esquissés. C'est pourquoi les décideurs visent à remplacer le formidable organisme qu'est un arbre adulte par une espèce d'asperge tous les trente mètres, de façon que, statistiquement, ils puissent "se féliciter" d'avoir davantage planté qu'arraché.

 

Ces cent cèdres centenaires seront-ils un jour les derniers grands arbres d'Agen ?Ces cent cèdres centenaires seront-ils un jour les derniers grands arbres d'Agen ?

 

  Déficit

 

Bien que le coteau de l'Ermitage offre depuis toujours la plus belle des cartes postales vertes aux yeux agenais, il est constitué de propriétés privées, de même que les nombreux jardins des quartiers Sud. La cité souffre donc d'un tragique déficit en espaces verts. De vrais espaces verts, où petits, grands et vieux puissent respirer et gambader, façon Hyde Park ou Central Park (toutes proportions gardées) ; même Paris a de grands jardins publics, c'est dire... Au lieu de quoi, Agen ne jouit que des maigres Jayan et Porte du Pin, certes agrémentés de quelques arbres formidables et de savantes plantations, mais d'une surface étriquée et où des allées goudronnées de plus en plus larges vous enjoignent d'observer le brin d'herbe de pas trop près. On nous rétorquera qu'il existe depuis peu les trente hectares d'herbage de Passeligne et la petite forêt de Trotte-Lapin, mais tout cela se trouve à des kilomètres de gaz d'échappement ; encore et encore faire de la route ? Ce qu'il nous faut, c'est un lieu où respirer au frais, de la détente en plein centre, de la chlorophylle à portée de fauteuil roulant et de poussette. Il y a cent ans, c'est ce que fournissait le Gravier : un havre d'ombre, le "poumon de la ville" disaient les guides.

Depuis, une autoroute un peu dissuasive a coupé la ville de ce poumon, aux buissons d'ailleurs ratiboisés pour parfaire sa déchéance progressive en parking, et, de l'autre côté, le rapport à la Garonne est coupé par un second flot de voitures, au grand dam de l'Agenais le plus célèbre, Michel Serres (Voir sur ce sujet l'analyse et les préconisations du département ici). Ils ajoutent, ces guides, que lorsque le serein (humidité) commençait à monter du fleuve, les promeneurs se déplaçaient vers la Plate-forme - la place dite aujourd'hui Fallières -, ainsi nommée parce que c'était un terre-plein surélevé, "promenade élégante et aristocratique de la ville" (Lauzun) qui était entourée d'ormeaux de haute futaie. Philippe Lauzun ajoute qu'il faut " réveiller d'une espèce de léthargie ceux qui sont à la tête de notre administration, qui voient morceler froidement, et cela tous les ans, nos belles promenades, la seule chose qui distingue Agen aux yeux de l'étranger ". C'est hélas plus vrai que jamais.

Alors, rien d'autre ? Si, cela existe : les entrées d'un royaume vert de trois hectares se trouvent 25 et 29 rue Montaigne. Ce parc n'appartient pas à la commune ? Peut-être, mais comme il n'est jamais utilisé, quoique bien entretenu, elle n'a qu'à inviter fermement le propriétaire à le prêter au peuple. Sinon, pourquoi ne pas le réquisitionner ? Après tout, c'était un jardin public en 1809. Admirez :

 

 

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En attendant que les choses s'arrangent, tout amateur d'arbre peut consulter le catalogue des quelque mille spécimens grands et minuscules que compte encore Agen : emplacement, nom commun et latin, tout y est, et même parfois la terrible sentence "abattage immédiat".
L'histoire récente d'Agen rejoue, semble-t-il, Massacre à la tronçonneuse :
- Novembre 2014, 19 platanes à Jasmin ;
- Septembre 2016, 2 cèdres à Jayan ;
- Avril 2016, le tilleul tutélaire de Wilson ;
- Mars 2018, les deux érables argentés de Rabelais (Gare) ;
- Avril 2019, 27 platanes centenaires de plus à Jasmin. Lire à ce sujet l'article de Sébastien Bouchereau dans Le Petit Bleu du 6 mars 2019, où l'on comprend que si les arbres sont (vraiment ?) malades, c'est parce qu'ils ont été tous mal entretenus par la ville, alors que leurs frères jumeaux (ci-dessous à gauche), qui se trouvent sous la responsabilité du département, se portent bien. Conclusion évidente : il faut retirer la gestion des arbres à la ville pour la confier à une entité plus compétente.
Pour l'instant, la mairie se félicitera sans doute d'avoir créé des places de parking supplémentaires.

 

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Le rapport entre la température d'une ville et sa végétation est examiné avec beaucoup de sérieux sur cette page. Schématiquement, cela peut s'illustrer ainsi :

 

 

A retenir : un arbre de 5 m3 peut absorber l'équivalent de 5 tonnes de CO2. Cela correspond aux émissions de 5 vols aller-retour entre Paris et New York (source Office national des forêts). Cherchez l'erreur dans les deux images ci-dessous (coin du cours Washington et de la rue Diderot).