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Erreurs monumentales

 

Ce titre insurpassable est emprunté à un livre du critique Michel Ragon, qui dénonce la lourdeur et la cécité des choix en architecture et en urbanisme : une fois exécutés, comment revenir en arrière ? Les décideurs payés par le contribuable imposent parfois avec une incroyable légèreté à des générations d'habitants futurs des constructions qui inspirent la rage passagère et des pleurnichements éternels.

 

Le seul avantage de cette tour semble être de mieux jouir de la vue sur la centrale nucléaire de GolfechLe seul avantage de cette tour semble être de mieux jouir de la vue sur la centrale nucléaire de Golfech

 

À ce titre, on s'étonne qu'Agen ait pu s'infliger à elle-même des bâtisses aussi incongrues qu'incohérentes, déplacées et, semble-t-il, en contradiction avec tout ce dont elle voudrait s'honorer. Même en limitant aux doigts d'une main la liste de ces verrues, on subit :

- le style pénitentiaire du Crédit agricole sur le boulevard Carnot, dû à l'agence Salier-Courtois-Lajus-Sadirac, des Bordelais qui n'ont jamais rien fait d'aussi "brutaliste" dans leur ville ;
- la tour Victor Hugo, qui déséquilibre quotidiennement le panorama sans lui apporter la moindre gloire esthétique ;
- l'indigent immeuble de la CCI ;
- l'affliction que, dans le pur style maladif de 1976 avec soubassement de blockhaus, la Sécurité sociale impose à la plus harmonieuse des esplanades, en lieu et place du Carmel ;
- la provocante annexe de la Préfecture, immiscée entre deux des plus beaux bâtiments agenais. "Moi, c'est l’État" semble rétorquer la façade, visiblement inspirée par le mode carcéral.

Avec un humour un peu caustique on a donné à cette allée le nom du maire qui a le plus enlaidi la villeAvec un humour un peu caustique on a donné à cette allée le nom du maire qui a le plus enlaidi la ville

Il existe bien d'autres éléments discutables, dont on se demande par quel obscur artifice on a pu obtenir le permis de construire (l'immeuble du 43 Boul' par exemple) mais ces cinq-là pèsent davantage et ils sont particulièrement symptomatiques d'une sorte de mépris pour tout ce qui les entoure.
Un mépris venu d'en haut, comme on dit ? C'est un sujet de réflexion pour tous les habitants et les visiteurs : on dirait que plus les promoteurs, pouvoirs publics et institutions ont d'argent, plus leurs réalisations sont contraintes à la médiocrité, comme si les architectes de grand talent étaient systématiquement mis à
l'écart. Les municipalités, les associations de citoyens et les Bâtiments de France sont-ils à ce point muselés ? Aveugles ? Laxistes ? Intéressés ?

Pour les piétons agenais que l'architecture intéresse, on conseille une importante ressource en ligne, consacrée au XXe et au XXIe siècle dans le département.

 

 

Le droit du paysage

 

Outre les désastres ci-dessus, dont il faudra plusieurs générations à venir pour se défaire, le piéton agenais remarque la facilité avec laquelle se tricote le bric-à-brac urbain. Or ce laisser-aller pourrait être encore encouragé à l'avenir par une loi qui vise à réduire encore le pouvoir des Bâtiments de France et l'utilité des architectes, au profit sans limite des bailleurs et des promoteurs. Il va sans dire qu'au point de vue de la qualité  d'une ville ancienne, soucieuse de protéger un patrimoine qui n'appartient qu'à elle et qui finalement est son seul capital à long terme, cette disposition devrait être taxée de "loi scélérate" et une municipalité ayant un minimum de courage devrait tout mettre en œuvre pour contrecarrer ses applications.

Dans tous les cas, il serait utile qu'elle s'appuie sur une Commission des sites ou un Comité des sages (historiens, critiques d'art, architectes et paysagistes, cela va sans dire, mais aussi une autorité compétente en esprit des lieux, comme il en abonde chez les écrivains) et ainsi être avertie des bévues en vue.

 

Par exemple, on aurait apprécié son avis au sujet de ce spectaculaire chalet suisso-palladien de l'Ermitage que son propriétaire a fait peindre en gris et blanc : à rebours des réactions hystériques d'un de ses voisins, il semble que ce fut une idée plutôt défendable parce que l'Ermitage est - justement en l'absence totale de règles et de réflexion - truffé de constructions de bric et de broc dont beaucoup, parmi les plus récentes donc les plus cheap, mériteraient bien une tenue de camouflage.

Par ailleurs cette commission, si elle existait, jugerait discutable la couleur minium violemment hargneuse, voulue pour imposer la mocheté intrinsèque du parking de la gare en tant que nouveau symbole d'une cité qui se veut moderne (dans l'esthétique très spéciale de Vinci-Indigo et d'un cabinet d’architecture bordelais, voir Vigilance Orange). Toutefois, si tel n'est pas le but poursuivi par la ville, ce garage devrait être immédiatement repeint en vert wagon, plus en situation, ou bien couleur rouille fanée, comme la discrète rampe qui mène à la passerelle de l'Ermitage (c'est d'ailleurs cette teinte que des riverains croyaient de bonne foi choisie par la mairie).

 

Mirador en métal noir, immeuble "tranche de Brie" à l'abandon, façade rurale : image d'une ville qui ne s'aime pas assezMirador en métal noir, immeuble "tranche de Brie" à l'abandon, façade rurale : image d'une ville qui ne s'aime pas assez

Tourelle tronconique à jolie couverture d'ardoise : présence familière du cœur d'Agen, maintenant sur écoutes on dirait Tourelle tronconique à jolie couverture d'ardoise : présence familière du cœur d'Agen, maintenant sur écoutes on dirait

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais mieux vaut encore le bricolage à tu et à toi que le "façadisme", une des pires plaies de l'architecture contemporaine : on garde un petit bout de l'existant, moyennant quoi tout est permis. Or une façade n'est pas un décor sur un boulevard, c'est l'expression de tout ce qu'elle contient, un peu comme la une d'un journal. Garder un chicot de pierre est finalement pire que détruire le tout, car une hypocrisie ne peut qu'accoucher d'un ratage. Urbanistes, historiens, architectes, critiques spécialisés, tout le monde est bien d'accord sur ce sujet, ce qui ne freine en rien la mascarade.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


C'est ainsi que la salle capitulaire du cloître de
Saint-Caprais, malgré l'harmonie de ses ouvertures et la richesse de son ornementation (XIIe siècle), écrasée par un pachyderme de béton, est devenue un vague élément de décor dans un parking :