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Mairie

 

Marée annuelle devant la mairie (cliché Sud-Ouest)Marée annuelle devant la mairie (cliché Sud-Ouest)

 

Bientôt au terme de son second (ou deuxième, qui sait ?) mandat, la municipalité est dominée par un garçon de haute stature et de grande famille, beau propriétaire terrien, qu'entourent trente-huit conseillers et adjoints dont la compétence ne fait aucun doute. Les réalisations satisfaisantes en sont nombreuses, surtout aux yeux des entrepreneurs, mais aussi du public : communication dynamique, démocratie permanente avec les comités de quartier, transports en commun bien soutenus, finances saines (pour autant que l'on veuille bien essayer d'y comprendre quelque chose) et divers minuscules détails fort agréables, comme les éclats adamantins dans le bitume, le fleurissement des réverbères et les brumisateurs estivaux. On note aussi de belles protestations de velléités pour faire encore mieux, par exemple du côté de l'agression des chaussées par les anonymes de la poubelle précoce ou par les traîneurs de chiens incontinents.

Cette équipe fait le point de ses actions sur son site agen.fr et dans des magazines largement distribués. Elles sont classées en "parole tenue" (de loin majoritaire), "en cours" et "abandonné", où on trouve surtout les projets culturels. Le plus étrange de ces derniers renoncements est celui visant à obtenir le label Ville d'art et d'histoire - qui semble pourtant aller de soi - à cause de "contraintes financières", alors que la chose ne coûte que quelques frais de personnel, dérisoires à côté des quatre millions déversés sur le boulevard Carnot et dont personne n'a encore compris le besoin, si ce n'est de démontrer que nous pouvions les payer.

La température a caniculé au conseil municipal du 1er juillet 2019, quand il a fallu avouer la préemption de la Ville sur la Résidence Saint-Martial, que l’évêché était en train de vendre à La Sauvegarde, une ONG projetant d'y accueillir une quarantaine de migrants mineurs isolés. C'est une belle et grande bâtisse, avec une porte en plein cintre et, sans doute, une façade à décrépir ; elle couvre 1 500 m² et possède un beau jardin bien ombragé ouvrant sur la rue derrière. Autant dire que n'importe quel promoteur salive à l'idée des appartements "standing" qu'il pourrait y créer, avec assez de place pour parquer une brochette de 4x4 au lieu des arbres.
Et c'est à peu près ce dont la mairie s'est soudainement rendu compte à la veille de la cession. D'où la décision brutale de préempter. Hauts cris de l'opposition, qui dénonce l'immoralité de la chose, l'absence d'humanité de la décision et, on peut le dire, le coup bas vu la conjoncture. Ce qui entraîne une réponse d'une véhémence inaccoutumée de la part de la majorité, qui agite les bras avec la "revitalisation" nécessaire du centre-ville et promet d'aider l'ONG à s'installer en banlieue. Le lendemain, commentaires acerbes dans la presse, dont celui-ci.
Mais on aimerait surtout connaître les pensées qui se bousculent dans la tête de Mgr l'évêque, lequel aurait sans doute aimé que le chèque de plus d'un demi-million € se doublât d'une action charitable et d'actualité. Un dilemme à la Don Camillo ?

 

 

 

Coupe réglée

 

Le désir effréné de toujours améliorer l'organisation communale peut parfois mener un peu trop loin, mais évidemment, cela ne se voit qu'une fois le résultat obtenu. Ainsi, le piéton d'Agen note la tendance légèrement concentrationnaire des activités : tous les cinémas et le théâtre créatif au-delà de la Porte du Pin, tous les bars-restaurants ouverts tard, après Jasmin, soit à l'opposé.
- Aucun conseiller municipal ne veut donc aller souper après le spectacle ?
- Ah si, bien sûr, il prend sa voiture !
- Mais alors, la ville n'est pas si favorable aux piétons ?

De même, le cœur du centre jouit de quatre sandwicheries sur cent mètres mais il n'y a pas un seul café populaire. Et puis au même endroit, on est effaré du nombre de manifestations autorisées qui se bousculent jour après jour : des plus ou moins légitimes aux parfois douteuses (producteur de cerises pas mûres, Toyota et ses derniers modèles, "Bouge ta ville" aux intentions confessionnelles déguisées, etc.). Prendre de la galette est le but avoué de toutes ces interventions et on espère que la commune perçoit 10 % sur le tout ; pour leur offrir plus d'espace, elle a rasé un tilleul magnifique, à l'ombre duquel on avait plaisir à s'asseoir bavarder. Et la sonorisation techno au rythme binaire étant le leitmotiv obstiné de toute entreprise voulant se faire remarquer, on conçoit que plus personne n’ait envie de résider par là.

"Revitaliser" le centre devrait passer par des initiatives un peu plus soupesées, pensent les anciens qui venaient naguère s'asseoir sous cet arbre-là.

 

Intelligence, dites-vous ?

 

Au-delà des mesquines préoccupations quotidiennes, la municipalité actuelle voudrait voir grand, et loin. Aussi a-t-elle eu la bonne idée d'organiser une réflexion comment dire, transversale, à base d'experts autoproclamés et de micro-trottoir intimidé, pour éclairer tant bien que mal un avenir qui finira bien par arriver et nous surprendre de toute façon.
C'est Agen 2030. Chacun trouvera peut-être son content dans les déclarations tous azimuts des uns et des autres, faites le plus souvent dans un français approximatif, les uns dictant au petit commerçant ce qui lui reste à faire et au petit retraité qu'il n'a rien à craindre du crabe du modernisme qui a commencé à le dévorer, les autres balbutiant des banalités issues des réseaux sociaux.
La première précaution devrait être de ne pas donner trop vite les clefs de la ville aux "experts" qui sont (forcément ?) parties prenantes et vont directement ou indirectement tirer profit de l'évolution qu'ils vous font miroiter. On entend ainsi des spécialistes prononcer vingt fois par heure le mot "intelligence" appliqué à des machines qui travaillent à nous fabriquer le contraire. Le danger du tout-numérique, comme de multiples études d'universitaires américains le démontrent à satiété, c'est : sclérose du vocabulaire, atrophie de la mémoire et de la capacité à synthétiser, déficience de l'imagination d'où impossibilité d'inventer des solutions en cas d'échec, etc. Au lieu d'inciter d'emblée tous les administrés à plonger dans le numérique sans bouée de sauvetage et courir acheter un smartphone dernier cri pour chaque membre de la famille y compris le chien, afin de bien profiter des applis dont la ville veut se montrer généreuse, les édiles ne devraient-ils pas commencer par lire les livres des sociologues et des philosophes qui s'interrogent sur ce qui se passe ?

Exercice numéro un : apprendre à réfléchir sans écran.