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Scènes

 

Antoine Calbet, son "Allégorie de la musique" au plafond peut-elle remplacer un orchestre sur la scène ? Antoine Calbet, son "Allégorie de la musique" au plafond peut-elle remplacer un orchestre sur la scène ?

 

- Théâtre Ducourneau. L'intéressante histoire de l'établissement est en ligne. Mais on remarque assez vite qu'il est fréquemment appelé "ancien théâtre" sur de nombreux sites, même sur l'inventaire de référence (base Mérimée), comme s'il était à l'abandon.
Pourtant cette architecture somptuaire ne déparerait pas une ville de, disons, un
million d'habitants : par exemple Toulouse est plus mal lotie avec un théâtre relégué dans une aile de l'hôtel de ville, et par ailleurs une salle de concerts récupérée sur les combats de catch. Le monument qu'est Ducourneau contribue donc puissamment au caractère majestueux de la place Esquirol d'Agen. Seulement, il s'agit aussi d'un outil considérable qui dépasse les ambitions de la municipalité : en 2017-2018, une majorité de "seul en scène" et d'auto-complaisances de seconde zone étaient au programme, un programme dont la version papier est aussi diaphane que monotone, souffrant très fort de la comparaison avec celui de Villeneuve, alors que l'endroit est puissamment taillé pour les grands concerts, le boulevard, l'opérette ou encore les classiques, français ou étrangers avec un zeste de polémique de temps en temps. L'Europe regorge de troupes créatives et d'orchestres ambitieux qui se contentent souvent de scènes plus mal fichues. Alors, Ducourneau, une allégorie du théâtre ?
Ce qu'il lui faudrait, grâce à une municipalité qui serait pleine d'ambition, c'est une tête folle, mégalomane et aventureuse, débauchée dans les jeunes plantes de la direction de spectacles ayant fait leurs preuves quelque part (les innombrables chroniques théâtrales de Mathieu Perez, par exemple, peuvent donner des pistes). Sinon, les Agenais vont finir par le surnommer Théâtre Dupruneau !

L'annonce de la saison 2019-2020 apporte un semblant d'amélioration. D'abord, le programme papier est devenu clair et attrayant, et puis le tarif réduit s'applique à partir de seulement quatre réservations. Ensuite, grâce à des collaborations extérieures, les spectacles sont plus variés : musique symphonique, théâtre, un peu moins de "seul en scène", de la danse, etc. On remarque cependant une certaine propension à inviter des chanteuses pop à la voix fluette, et le choix un peu discutable d'espagnoliser un grand nombre de soirées pour se mettre en phase avec l'exposition Goya, dont l’œuvre a pourtant une valeur universelle. Va-t-on aussi obliger les restaurants de la rue Voltaire à ne servir que de la paella jusqu'à février 2020 ?

 

- Théâtre du Jour. C'est à la fois une salle de spectacles, une école de théâtre et une compagnie, le tout fondé il y a un quart de siècle par Pierre Debauche, récemment disparu. D'ailleurs, on voit dans le ciel roder de bien macabres corbeaux (voir ci-dessous).

Le lieu, un peu éloigné dans les bas-fonds, est un ancien dépôt pharmaceutique, ce qui lui donne un petit cachet underground ; son aménagement un peu bricolé en théâtre de structure élisabéthaine est d'autant plus convaincant que la jeune troupe y est toujours d'une fraîcheur et d'un dynamisme sans faille. Programmation éclectique, voir le site. Pour la dernière saison, "Agen que j'aime" a surtout applaudi La Famille Addams. Un festival d'été fait aussi partie du jeu, de même que "Le théâtre des bout'choux" et ses spectacles ciblés, assorti d'un atelier d'initiation des gamins et des gamines, avec goûter, tous les mercredis. Initiation également pour les 14-18 (ans) ainsi que pour les adultes. Rue Paulin Régnier, les séances de répétitions publiques ont lieu le lundi (voir les dates précises et le reste du programme sur le programme en papier plutôt que sur le site). Amusantes, fraîches et instructives, elles permettent aussi de choisir de venir ou non voir la pièce.  Bref, le Théâtre du Jour est un chaudron d'activités et de création dont la ville peut être particulièrement fière !

Le samedi 28 septembre, le théâtre divulguait son programme 2019-2020 au cours d'une soirée charmante encore qu'un peu longuette, vu la richesse de la saison : spectacles "invités", reprises et dix créations du théâtre-école, dont le détail est en cours d'impression depuis lors.
Mais entre comédies et tragédies classiques et modernes, s'est immiscé un drame terrible : la fin de l'accréditation de l'école décidée dans l'opacité des ministères
, ce qui ne lui permettrait plus de diplômer ses élèves. En conséquence, on imagine que les impétrants deviendraient plus rares et les diverses subventions diminueraient (lire "Sud-Ouest" du 11 octobre 2019). Cette éventualité, si elle est inéluctable, nous semble incompréhensible : le Théâtre du jour n'est-il pas un des lieux les plus vivants et originaux de la ville d'Agen ? On espère que l'adjointe à la culture, le maire et tous ses conseillers vont tenir une réunion de crise pour trouver une solution à cette méchante situation et tenter de défendre la ville. Déjà, ils pourraient prendre la décision d'aller voir un des brillants spectacles de ce lieu, nettement plus variés que ceux d'Armandie, puis d'aligner la subvention communale sur celle du Florida, et enfin de faire en sorte que chacune des créations du Théâtre du Jour soit montrée au moins une fois à Ducourneau, de façon que puisse en jouir le public qui ne franchirait pas la Porte du Pin pour un empire.

- Le Florida. Un bien drôle d'endroit, dont l'
ambitieuse façade streamline attire l'attention. Music-hall des années folles jusqu'aux années 1970, le Florida accueillait les grands noms de la chanson populaire (Joséphine Baker, Edith Piaf, Brel, etc.). Devenu cinéma et rapidement moribond, l'impulsion inattendue de Marie-Thérèse François-Poncet l'a fait transformer en un lieu dédié aux musiques amplifiées, doté d'une salle de concert, de studios de répétition, d'enseignement, et d'un RDC de rencontre avec bar. Les événements s'y bousculent dans le plus vaste échantillonnage sonore (manquant un peu du piment de l'avant-garde cependant). tails et programme sur ce lien ainsi que certaines dates dans l'agenda. Le programme en papier du Florida est clair, joli et dépourvu de fautes de français.

- Atelier Théâtre de L'escalier. Détails et programme sur ce lien.

- Le Contrepoint, café-théâtre. Minuscule scène du côté de chez Jasmin, qui n'exclut ni les hauts ni les bas, doublée d'un sympathique bar pour un verre avant et d'un restaurant ouvert tard, pour après. Détails et programme sur ce lien.

- La Tannerie. Espace fourre-tout dont la façade est soigneusement entretenue dans le style des hangars où se produisaient les Sex Pistols à leurs débuts. Détails et programme sur ce lien.

- Cinémas. Le réseau de cinémas du centre-ville avait été regroupé dans un complexe bizarroïde (les ex-matelas Paillas !)  et sans véritable entrée, nommé Carnot, bientôt assassiné par l'érection d'une multisalle au-delà des remparts ; celle-ci fut baptisée Cap Cinéma parce qu'il "fallait y aller !" Aujourd'hui, la ville s'engage à faire un jour quelque chose du vieux Carnot, et le multiplexe de banlieue porte un nouveau nom encore plus mystérieux qui n'a aucun rapport avec la CGT ; les films y sont tous doublés en français, ce qui écarte les cinéphiles. Savez-vous que Orson Welles a interdit que ses films soient doublés ? Heureusement, l'ancien lycée Jules Ferry propose maintenant deux bonnes salles et une excellente programmation par Les Montreurs d'images, toute en VO sous-titrée, peu de temps après les sorties nationales. Noter aussi qu'il s'y trouve un bar et du personnel motivé. Ambiance colonie de vacances. En outre, c'est peut-être le seul cinéma au monde qui soit surmonté d'un carillon de treize cloches de 1887, inscrit en tant que Monument historique, et qu'il serait facile de programmer pour qu'il joue, à certaines occasions comme les festivals ou les rétrospectives, la musique d'un film célèbre : ravissement garanti ! Les services culturels de la ville sont autorisés à prendre note de cette suggestion.

Mais s'il est enfin possible de satisfaire tous les publics d'Agen, on regrettera qu'il n'existe plus aucun écran dans le vrai centre, ce qui est un facteur aggravant de désolation nocturne.