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Statuaire


Juin 2018, en attendant "La Marseillaise"...Juin 2018, en attendant "La Marseillaise"...Juillet 2018, en l'attendant toujours ...Juillet 2018, en l'attendant toujours ...

"Aquestécop, dit une mamie qui a connu l'original, mais elle est en chocolat ?""Aquestécop, dit une mamie qui a connu l'original, mais elle est en chocolat ?"

"La Marseillaise",  le retour

C'est un vrai coup de foudre que les Agenais ont eu pour cette jeune silhouette en bronze qui va de l'avant, clamant l'hymne national comme pour réveiller les lâches ou les morts.
D'emblée, plusieurs détails sont frappants : les pieds nus dans la gadoue, un boulet sur la gauche pour dire la bataille, le tambour sur le dos, les baguettes brandies en même temps qu'un rameau d'olivier, la jupe exagérée, cette veste
de hussard sur le corps fluet, et ce visage, aussi bien de garçon que de jeune fille, qui dit une énergie absolue, sans âge ni genre. Une des clefs de l'énigme soulève un autre mystère : en réalité, font remarquer les spécialistes, ce tambour est une jeune cantinière, comme l'attestent certains points de son uniforme (et le bonnet n'a rien de phrygien, n'en déplaise à certains enthousiastes). En conséquence, et en l'absence d'un aveu du créateur Ernest Dagonet (archives ?), on peut imaginer que le personnage a seulement ramassé les instruments du jeune tambour mort, et tente de perpétuer sa mission, qui est de transmettre l'ordre d'avancer, cette fois en chantant. Mais ce qui double la puissance de cette œuvre, c'est d'une part que les larbins de Vichy l'ont envoyée à la fonderie des munitions nazies en 1942* et, d'autre part, que la ville d'Agen, puissance publique et dévotion d'amateurs réunies, est parvenue à la ressusciter en clonant un autre exemplaire se trouvant à Riom. Aussi le message de l’œuvre en devient-il doublement percutant. On est revigoré rien qu'à la regarder.



* Cette année-là, les autres fonderies de patrimoine sont "Les Lauriers" de Jean-Antonin Carlès (1912), le buste du poète gascon Cortète de Prades et "La République" d'Augustin Fumadelles. Inaugurée en 1884, c'est une œuvre lourdingue et inexpressive que personne ne regrettera sauf les élus de 1948, mais ils ne purent s'accorder sur le choix d'une nouvelle allégorie. Aucune de ces réalisation ne rivalise avec la présence du travail de Dagonet, mais toutes donnèrent lieu à la même qualité des balles de mitraillettes, dont on espère qu'aucun corps agenais n'en reçut.

 

 

 

- L’Étoile du Berger, esplanade du Gravier, par Paul Roussel, Grand Prix de Rome en 1895. Groupe en marbre d'une inspiration singulière où un berger solitaire, étreignant à deux mains son bâton, voit apparaître tout contre lui une merveilleuse Vénus à la place de son étoile favorite, du même nom. Cette œuvre fut acquise par l’État pour être déposée ici sur ordre de Joseph Chaumié, qui fut sénateur et maire, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts, puis de la Justice (c'est lui qui mit un terme juridique à l'affaire Dreyfus) ; réformateur de l'enseignement secondaire, on se demande si son choix de ces statues ne participait pas d'un souci d'initiation de la jeunesse ; une autre hypothèse, qui ne contredit pas la précédente, est que Joseph Chaumié, étant un ardent défenseur de la séparation de l’Église et de l’État, vit dans cette sculpture un souriant contrepoids à la pompeuse Vierge de seize mètres de haut qui venait d'être dressée à Bon-Encontre sous prétexte d'une apparition de celle-ci à un berger, solitaire aussi, et on pourrait dire que le choix de Chaumié était la réponse du berger au berger.

- Samson et Dalila, esplanade du Gravier, groupe en marbre du sculpteur Henri Lombard, acquis par l’État 6 000 francs et déposé à Agen en 1902 sur décision de Joseph Chaumié.

Ces deux intéressantes sculptures sont actuellement victimes de la pollution cruelle de l'avenue voisine et, toutes noircissantes, semblent oubliées par les services de nettoyage des œuvres d'art confiées à la ville. Souhaiterait-on les occulter ? De nos jours, si un artiste proposait tant de pulpeuses rondeurs, il susciterait sans doute une polémique pire encore que celle du tristement fameux "Vagin de la Reine" à Versailles.

 

- Le Centaure, bronze de François-Xavier et Claude Lalanne, 1985, hauteur 3,25 m, restauré et installé devant la bibliothèque municipale après avoir orné la place de la cathédrale, où un manège saugrenu l'a remplacé. Les Lalanne ont émerveillé les années soixante avec des créations imaginatives, poétiques mais fonctionnelles : qui n'a pas rêvé alors de posséder l'hippopotame-bar ? Un peu flétries par d'innombrables imitations qui en aplatissaient la magie en en faisant ressortir le procédé, ces œuvres ont repris du lustre - et de la cote - dans les dernières années grâce à la superbe qualité des matières, dont la fonte, la laine et le fer forgé. Du Centaure émane un mystère certes un peu facile mais auquel le compas donne une touche légèrement borgésienne, bien à sa place devant la Bibliothèque municipale.

 

Il existe bien d'autres statues en plein air dans la ville, qu'il est amusant de rechercher et interpeller. Beaucoup sont obsolètes et ne nous parlent plus : bondieuseries usées, démonstrations de pouvoir ou de propagande obscures, œuvres d'ambitions ratées... mais cela constitue une petite troupe amusante à débusquer  (un Christophe Peschet en fait même des youtubes humoristiques). Bien entendu, d'autres pièces superbes attendent le visiteur dans la fraîcheur du musée, en même temps que le portrait de Joseph Chaumié par Jean-Joseph Weerts (1903), dont voici un détail : 

 

 

- Le Monument aux morts, érigé en 1923 sur la place Fallières et aujourd’hui classé, se dresse, impavide et ignoré, au milieu des innombrables jeunes gens qui se rassemblent après-cours sur l'ancienne Plate-forme, pépiant entre eux tels des étourneaux au point d'oublier un instant de scruter leur téléphone. Comment leur expliquer l'intérêt de la chose ?
Le cénotaphe dessiné par l'architecte Pujol est élégamment orné des bas-reliefs de
Daniel Bacqué (1874-1947), dont l'esthétisme art-déco s'autorise ici une émotion rare pour ce style. On évitera de regarder la statue d'inspiration assez vulgaire qui surmonte l'édifice. Mais la superbe porte censée mener à la crypte est, elle, très typique de cette époque et donc n'exprime rien que son propre chic.
On note que ce Daniel Bacqué fut aussi le décorateur du théâtre Ducourneau.