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 Toponymie

 

... mais pour beaucoup d'Agenais bon teint, c'est la place de la Volaille, à cause du joli marché circulaire qui s'y tenait jadis... mais pour beaucoup d'Agenais bon teint, c'est la place de la Volaille, à cause du joli marché circulaire qui s'y tenait jadis

 

Le Boul', L'Eldo, L'Indé, L'Agglo... les mots trop longs semblent inspirer aux gens d'ici un certain découragement, peut-être à cause de la chaleur estivale, quand une ou deux syllabes limitent le prononçable.

L'amputation peut aussi frapper les mots un peu difficiles à écrire ou à dire. Par exemple Bruilhois, nom historique d'une petite région naturelle qui va de Marmande à Auvillar et produit un vin original que les Bordelais, ne sachant produire que du clairet dans l'ancien temps, tentèrent d'étouffer. Donc, Bruilhois se prononce bruyoi et non brûle-oie comme l'ablation du i pourrait l'autoriser. La commune de Sainte-Colombe a raison de résister à cette fainéantise orthographique et on incitera les vaillants vignerons du vin noir à la suivre dans cette volonté de rester soi-même. La publicité - si c'est elle - n'est pas bonne conseillère.

Le nom du Bruilhois vient d'un mot gascon qui d'ailleurs se prononce bruyès et désigne un bord de rivière arboré. Il est bon et même très bon que des lieux portent un nom qui les ancre dans la géographie, ce qui veut dire dans l'histoire, en fait. D'autant que les mots glorieux dont, parfois, on alourdit les rues, finissent avec la répétition quotidienne à ne plus signifier grand chose. Cette dérive, quelque regrettable qu'elle soit, édulcore des concepts comme "république", "libération", "résistance", etc. Et "La Marne" ou "Verdun", que croyez-vous que cela fasse aux quinzagénaires ? Rien du tout, ce sont deux syllabes qui permettent de différencier des avenues l'une de l'autre. En revanche, il semble admissible de donner à des rues le nom d'êtres humains devenus célèbres et qui les ont peut-être connues, ainsi Nostradamus et Montesquieu, ou encore de mécènes, comme Lacépède ou Chaudordy. Mais ce qui fait qu'une ville existe et ne sombre pas dans la standardisation, c'est surtout la pérennité des mots qui ont un sens : le poids de la ville, le puits du saumon, la grande horloge, les remparts ou la tour ont une réalité profonde et mémorable ; la rue Cague-L'aouque, c'est là où défèquent les oies, elle s'appelle aujourd'hui Scaliger.

Quant à la rue des Amours, on ne sait pas pourquoi le pluriel - qui évoquait franchement les activités qui s'y déroulaient - est devenu singulier. Pruderie contemporaine avarice typographique ? Juste à côté, le nom de la rue de la Commune de Paris aussi a perdu ses articles, devenant rue Commune, de Paris.
Bref, il serait bon que de courts panonceaux "racontent l'histoire" aux gens et aux jeunes ; les touristes, au moins, les liraient.
Il est d'ailleurs heureux que l'on ait conservé les vieilles plaques décolorées : elles mémorisent les dénominations successives, comme celles de l'agréable place de la République, rebaptisée une bonne demi douzaine de fois au gré du vent politique, et qui fut (qui demeure, puisque un morceau de l'immeuble est toujours présent) la place du Collège des Jésuites.

 

Pourquoi faire compliqué quand c'est simple ? Le nom des places les plus fréquentées devrait être laissé à la convenance de l'usage. Quand on dit aux Agenais "Foch", "Fallières" ou "Esquirol", leur esprit marque un temps de latence avant qu'ils hochent la tête : "Ah oui, place de la Cathédrale, de la Préfecture, de la Mairie..." Quant à la place Wilson, c'est encore mieux : elle n'existe pas parce qu'elle n'a rien qui la marque (on la situe mieux l'été avec ses jets d'eau, qui rendent les enfants fous de joie et leurs parents jaloux). Étrangement, il n'y a que Jasmin qui évoque un endroit précis.

Quant à doubler les toponymes de leur traduction en gascon (et non en "occitan"), pourquoi pas ? Tout le monde n'est pas d'accord là-dessus et il est vrai que cela fait assez plouc, mais on peut tolérer ce désir d'enracinement, sauf quand il tombe dans le machinal et le grotesque, ainsi "lafaieta". D'ailleurs il faudra un jour redonner son nom originel à cette rue et place, débaptisées bêtement par des anticléricaux du XIXe siècle : le consul Saint-Gillis n'avait rien d'un saint (voir Rémy Constans).

En général, il serait peut-être bon que les décisionnaires municipaux osent demander conseil aux lettrés, ainsi que cela se fait parfois quand il y en a, plutôt que de s'avancer dans un brouillard linguistique qu'ils croient sans danger. Ainsi, il semble un peu risqué de nommer la communauté de communes "agglo", comme la matière première des meubles à bas prix qui se désagrègent au moindre mouvement. En 1886 on vit un cas semblable, lorsque la ville s'est pompeusement haussmannisée : tracées au sabre d'abordage, les deux nouvelles artères transversales ont été dites "boulevards" alors que ce n'étaient que des rues, grandes si l'on veut, des avenues à la rigueur (un boulevard étant une large voie bordée d'arbres qui fait le tour d'une ville, souvent à la place des remparts). À l'époque, de nombreux Agenais se sont émus ouvertement de tant de prétention.

Et, au fait, qui nous dira d'où sort ce nom de "péristyle" du Gravier : à moins que ses trois autres côtés aient disparu sous on ne sait quelles bombes, il n'est qu'un alignement d'arches dont tout le monde sait qu'en bon français cela s'appelle une galerie d'arcades, par dérivé une arcade. Un historien indulgent parlerait ici d'une "étymologie populaire".

Changement de nom à prévoir : rue du Quart de péristyle du GravierChangement de nom à prévoir : rue du Quart de péristyle du Gravier
C'est sans doute le démon de la déformation qui a sévi au Gravier, comme il le fit rue des Cornières, dont le nom vient de ce qu'elle prolongeait autrefois la place du marché, laquelle était entourée d'arcades commerçantes (il en reste trois côtés). En fait les "cornières" sont les chéneaux d'angles de ces pâtés de maisons. Mais l'usage a rapidement affublé de cette appellation les arcades elles-mêmes. On dit aujourd'hui "sous les cornières" alors que "sous les ambans" ou "sous les couverts", selon des termes régionaux, serait de meilleur aloi.